Comment gérer les pervers narcissiques au bureau

Comment gérer les pervers narcissiques au bureau

Publié le: 12/02/2015

 On n’arrête pas de parler des pervers narcissiques, mais comment réagir et se protéger quand on croise la route de l’un d’entre eux au bureau ? Nos experts vous livrent 5 pistes pour gérer la situation.

1 Ne pas s’arrêter à une personnalité "difficile"

« Les pervers narcissiques ont bon dos, parfois. » Bernard Radon ne les excuse pas, bien au contraire. Consultant chez Coaching Systems, il sensibilise volontiers ses clients contre des raccourcis hâtifs. « On se conforte souvent dans l’idée qu’un patron ou un collègue nous veut du mal et on ramène un peu vite cela à de la perversité, explique ce coach. Il y a des personnes toxiques, c’est vrai. Mais aussi beaucoup de mauvais managers et de collègues avec de simples difficultés relationnelles. On peut déjà essayer de leur parler pour exposer son malaise… » Roland Guinchard confirme cette distinction importante. « Il y a en effet deux catégories, explique l’auteur du livre Les personnalités difficiles ou dangereuses au travail. Il y a des personnalités difficiles, normalement névrosées, avec des traits de caractère particuliers mais finalement sans gravité. Et il y a une frontière étanche entre ces gens-là et la catégorie plus dangereuse des vrais pervers narcissiques. »

2 Savoir reconnaître un pervers narcissique

Qui sont-ils ? Longtemps, ils ont agi quasi impunément. C’est le médecin psychiatre Marie-France Hirigoyen qui vulgarise la notion de pervers narcissique en 1998. Dans son livre Le Harcèlement Moral : la violence perverse au quotidien, elle définit le harcèlement moral, mécanisme typique du pervers narcissique, comme « toute conduite abusive qui se manifeste notamment par des comportements, des paroles, des actes, des gestes, des écrits, pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychologique d’une personne, mettant en péril l’emploi de celle-ci ou dégradant le climat social. » « Le pervers narcissique structurellement accompli utilise le lien familial, professionnel ou amoureux pour assujettir l’autre, ajoute Jean-Charles Bouchoux, psychanalyste et auteur du guideLes pervers narcissiques. Il a besoin de cette proximité pour exercer son emprise et ne permettra pas à sa victime de prendre de la distance. »
 

3 Ne pas se laisser séduire

Problème : le PN, comme on l’appelle parfois, est souvent un séducteur. Pour les gérer, Roland Guinchard invite chacun à les reconnaître pour mieux les éviter. « En effet, le mécanisme du pervers narcissique est souvent le même, observe-t-il. Mais son but à lui est de comprendre ce qui est important pour sa victime et, ensuite, utiliser ce ressort pour tout casser. » Dès lors, ce psychologue de formation recommande de se protéger un minimum. « C’est difficile de résister à la séduction. Mais on peut déjà, en général, éviter d’en dévoiler trop sur sa vie privée. Il faut aussi se méfier des amitiés soudaines et des gens qui semblent tomber un peu trop à pic en cas de besoin. »
 

4 Échapper à son emprise avant qu’il ne soit trop tard

Plus facile à dire qu’à faire, certes. « Extérieurement, il est aimable et peut feindre la compassion et la sympathie, confirme Jean-Charles Bouchoux. Il est séducteur et si nécessaire, peut être ponctuellement très serviable, surtout si cela lui permet d’atteindre ses objectifs, bien souvent aux dépens des autres. » Autant dire qu’il est facile de se faire piéger. Roland Guinchard décrit ensuite un mécanisme délétère. « Le pervers a besoin, pour exister, de gâcher la vie des autres. Il s’appuie sur les valeurs et points sensibles de sa victime pour l’affaiblir. C’est une jouissance perverse. » Exemple : s’il sait que la famille est importante pour sa victime, il compliquera son emploi du temps, ou si elle est perfectionniste, il la reprendra sans cesse sur des petits détails de son travail pour la miner. Pour la victime, plus dure sera la chute et la fuite. « Quand on est pris au piège, la seule solution, souvent, est malheureusement d’essayer de changer de service, voire d’emploi », déplore ce spécialiste. Injuste, mais salutaire.
 

5 Ou ne pas se laisser faire…

« Pour se revaloriser, il se nourrit de l’image de sa victime, résume Jean-Charles Bouchoux. Plus il la dévalorise, plus il se sent fort. » Reste alors la solution d’affronter le pervers narcissique auprès de la direction des ressources humaines, voire d’un tribunal, pour faire entendre ses droits. « Comme tous les cas de harcèlement, dénoncer un pervers narcissique est très compliqué, constate Roland Guinchard. D’autant plus que le PN est malin. Il s’entoure souvent de garants avec qui il est sympathique sans rien leur faire. Il impose sa loi à sa victime qui a du mal à se faire entendre. » Malgré tout, une victoire reste possible, même si elle ne procurera pas toujours la satisfaction escomptée. « Je connais un patron qui a réussi à faire condamner un pervers narcissique. À la sortie du tribunal, son ancien salarié lui a serré la main, dit bravo et même réussi à se faire payer à déjeuner ! Ils restent de vrais manipulateurs. C’est pourquoi il vaut mieux les identifier le plut tôt possible pour éviter leur emprise. »
                                                                              
Source : Keljob